Un été en Laponie #2

Bonjour à tous. Je ne sais pas quelle météo vous avez en France mais ici on se croirait déjà en novembre. Pluie, 8 degrés. Nous venons tout juste de finir de nous occuper de nos 50 toutous, sous la tempête… trempés gainés ! Le temps est donc venu de se faire un bon thé chaud, de se caler dans le canapé et de poursuivre le récit de notre été en Laponie.

Hier midi, nous sommes allés nous balader à Svanvik, le village le plus proche, à 12kms de BIRK (devrais-je dire le hameau…?). Une parade de tracteurs et quelques stands ont animé le bourg pendant 3-4h… sous la pluie. L’occasion de se réfugier sous un des barnums et de goûter au spécialités locales. J’ai commandé un plateau en n’ayant absolument aucune idée de ce que j’allais manger.

Après quelques explications glanées auprès des vendeurs, je comprends qu’il est composé de :

rømmegrøt, une sorte de porridge cuisiné avec de la crème aigre, du beurre et du lait… pas très light. On dirait de la béchamel. C’est pas mauvais mais un peu lourd… d’autant qu’on y ajoute du beurre fondu, du sucre et de la cannelle avant de le manger ! Heureusement que nous étions deux sur l’assiette !

– de la viande séchée, très forte et très salée

– du flat bread, sorte de craquotte salée

– un verre de limonade

– une gaufre garnie de crème, de confiture de fraise et de brunost, fromage à pâte brune caramélisé au goût sucré, véritable aliment de référence en Norvège. A déguster sur du pain, une tranche de WASA ou une gaufre car seul, on ne peut pas vraiment dire que ce soit bon. On est tous devenus accros ici, à BIRK, et on en mange tous les jours. Nos hôtes sont surpris car rares sont les étrangers qui apprécient le brunost. C’est peut être notre façon à nous de nous consoler de ne pas pouvoir consommer de « vrais fromages »…

Le brunost, le fromage qui se découpe uniquement avec un cheese slicer… sinon gare aux remarques norvégiennes ! Terrible !

Tant qu’on en est à parler gastronomie, je ne crois pas vous avoir déjà parlé de ce que nous servions ici au restaurant. Cela me paraît si normal maintenant alors qu’il n’en est rien pour nous, bons Français, qui ne connaissons aucun des plats ci-dessous.

Le käristuus, mijoté de renne servi avec pommes de terre et légumes verts. La plupart des touristes débarquant ici consomment ce plat extrêmement populaire… et très réglementé. En effet, il est absolument interdit de chasser le renne en Norvège (et dans toute la Laponie d’ailleurs). Seuls les éleveurs de rennes peuvent fournir cette viande de gibier plutôt fumée et relevée.

Quelques images prises sur Google.

Je lis actuellement un livre génial, offert par mon paternel, intitulé Le dernier Lapon et écrit par Olivier Truc. L’intrigue à lieu à Kautokeino, en Laponie norvégienne, à 250kms d’où je me trouve actuellement. Tout dans le livre respire la vie saame telle que nous la vivons quotidiennement. C’est une grande chance de pouvoir en lire les lignes au coeur même de l’environnement dans lequel il se situe. Mais je m’écarte du sujet. Je vous en parle car j’ai appris dans ce livre qu’il existe une section « Police des rennes » dans les commissariats de police lapons. Une unité est donc chargée de réguler et régler les conflits entre éleveurs. Et aussi les accidents de rennes. Ainsi, lorsqu’un éleveur porte plainte suite à la mort ou l’accident sévère d’un renne, il peut obtenir un dédommagement. Pour être sûrs de ne pas dédommager deux fois l’éleveur pour le même renne, la police lui demande en échange… les deux oreilles du renne. Sortes de plaques d’immatriculation, les oreilles, toujours tatouées, seront congelées et conservées dans un congélateur au commissariat. Incroyable, n’est-ce pas ?!

Revenons à notre cuisine.

Il est aussi possible de déguster de la soupe de renne. Celle servie aux clients ne comprend que des morceaux de viande sans os. Nous avons eu la chance de déguster avec nos hôtes la « vraie soupe de renne », celle avec les os dont il faut aspirer la moelle (Simon adoooooore !). Elle cuit au-dessus du feu de bois pendant plusieurs heures avant d’être servie, à toute la famille et les voisins invités pour l’occasion.

Tor, le chef de famille et sa fille Runa, surveillent la marmite…

Presque prêt…

À table !!

Pour l’anecdote, les Norvégiens ont deux habitudes qui pourraient provoquer un petit scandale dans certaines de nos familles françaises :

– ils ne demandent jamais à ce qu’on leur passe quelque chose à table. Ils tendent le bras pour l’obtenir. Ils considèrent qu’il est encore plus mal poli d’interrompre le repas pour demander quelque chose que de procéder comme tel.

– la personne ayant préparé le repas se sert en premier, puis sa famille, puis les amis et les voisins. Tant pis s’il n’en reste plus pour les derniers invités ! Impensable chez nous…

Autre recette traditionnelle : elgkarbonader, le steak d’élan. Autrement appelé moose burger pour les touristes. L’élan est présent partout ici et nous avons la chance d’en voir régulièrement près de la guesthouse. Le goût de sa viande est moins prononcé que celle du renne et un peu plus tendre.

Ces photos sont issues de Google mais nous en avons pris quelques unes aussi avec notre petit appareil photo que nous ne manquerons pas de vous faire partager plus tard.

Voilà pour la viande. Côté poisson, ils ne sont pas en reste avec deux spécialités locales à se taper le c** par terre 😋

La première, gjeddekaker, des galettes de brochets (pike cakes pour les touristes). Le brochet est pêché dans la rivière près de chez nous, the Pasvik River et ensuite cuisiné en petites galettes par une dame du coin qui les revend à BIRK.

Voici l’assiette servie à BIRK. Galettes de brochets et sa sauce à l’oeuf et au beurre, oignons caramélisés et sauce blanche, pommes de terre et crudités.

Pour les plats chauds, je finirai avec mon préféré : kongekrabbesuppe, la soupe de crabe royal. UN DELICE ! Les touristes nous disent souvent qu’il s’agit de la meilleure soupe qu’ils n’aient jamais mangée. La recette est tenue secrète par la famille. Tout ce que je sais c’est qu’il y a des légumes, du crabe royal et beaucoup de crème dedans !

Le crabe royal a d’abord été vu comme une menace ici en Mer de Norvège et en Mer de Barents, alors que les bestioles envahissaient et déchiraient les filets des pêcheurs côtiers. Puis, ces derniers en ont fait un véritable business, permettant la création de centaines d’emplois, tant pour la pêche que pour les safari king crab organisés pour les touristes tout le long de la côte norvégienne.

Pour ma part, je préfère l’avoir dans mon assiette que de le rencontrer en plongée crabe royal… je serai terrifiée !!

Passons au sucré avec le multekrem, dessert composé de mûres arctiques et de crème fouettée (vous l’aurez compris, les Norvégiens adorent la crème !). Les cloudberries, comme on les appelle ici, sont de petites framboises sauvages jaune oranger également appelées plaquebières ou mûres de marais. Nous les récoltons actuellement, par milliers, à la main, et les congelons afin de pouvoir les servir en dessert jusqu’à l’année prochaine.

Les deux premières photos sont les nôtres mais la dernière provient de Google. Les assiettes à dessert de chez BIRK ne sont pas aussi fancy 😉

Pour accompagner ce dessert, il est recommandé de boire un petit verre d’Aquavit, la boisson nationale. Cette eau de vie de pomme de terre est parfumée de graines de cumin, d’anis, d’aneth, de fenouil et de coriandre. Pas si mal !

Les mûres arctiques ne sont pas les seuls fruits à pousser sous nos latitudes… 70 degrés Nord. Nous attendons avec impatience les baies de fin d’été pour goûter confitures de baies de rosier, de sorbier, arbusier, genévrier… Framboises et fraises devraient aussi être bientôt au rdv (et oui il neige jusqu’à fin mai ici alors les fruits se font désirer !).

Et il ne faudrait pas oublier les myrtilles ! Les baies préférées des ours bruns. Et pour cause ! A l’automne, un ours consomme en moyenne 90 litres de myrtilles par jour !! Les baies ainsi consommées sont transformées petit à petit en 20kgs de graisse. L’ours va dépenser 80 à 90% de cette énergie et conserver le reste pour le stocker entre sa peau et ses muscles pour l’hiver. Cette couche de gras peut mesurer de 7 à 8 cm d’épaisseur. Elle lui sert d’isolation et de pique-nique (eau incluse pour l’hydratation).

Vous êtes-vous déjà interrogés pourquoi l’ours hiberne ?

Ahah et bien nous non plus ! Mais on nous a donné la réponse au musée du parc national. L’ours hiberne car la nature qui l’accueille n’a pas les ressources nécessaires pour le nourrir pendant l’hiver ! L’animal hiberne pour conserver ses ressources, tout simplement.

Pendant son hibernation, la température de son corps, habituellement équivalente à la nôtre, descend à 3-4 degrés celsius. Alors qu’il inspire 15 à 30 fois par minute en temps normal, une seule inspiration par minute est alors suffisante. Les battements de son coeur, eux, descendent à 8-10 par minute au lieu de 40-50 en temps normal. De quoi maintenir en fonction le coeur, les poumons et le cerveau. L’essentiel en fait. A titre de comparaison, c’est aussi ce qui se passe lorsque le corps humain fait une syncope (je sors pas ça de mon chapeau mais de nos cours d’apnée !).

J’aimerais aussi vous raconter une histoire locale. Triste mais assez incroyable.

Nous avons appris que la femelle ours peut mettre au monde ses petits pendant son hibernation et les allaiter pendant son sommeil, depuis son trou. Elle n’en sait alors rien et découvre ses petits lorsqu’elle se réveille. C’est ce qui est arrivé près de BIRK il y a quelques années. Seulement, l’ours avait fait son terrier derrière une habitation à l’orée d’un bois. En plein hiver, le propriétaire faisait une balade lorsqu’il remarqua un tas de terre anormal sur son terrain. Il pris alors une pelle pour voir ce qui se trouvait en dessous. C’est alors que l’ours s’est réveillée et a surgi du trou. Imaginez la scène ! Elle a pris peur et s’est enfuie… laissant deux oursons qu’elle avait fait naître sans le savoir dans son terrier. Le fermier a alors récupéré les deux petits et immédiatement alerté les militaires et l’association du parc national. Pendant des jours, des battues ont été organisées pour tenter de retrouver la maman ours. En vain. Les deux oursons, trop fragiles et ne pouvant survivre sans le lait maternel ont fini par mourir. Ils ont alors été envoyés chez un taxidermiste et sont aujourd’hui exposés au musée de Svanvik (photo ci-après).

Nous n’avons pas eu la chance de voir d’ours près de BIRK jusqu’à maintenant. La vallée en compterait une trentaine environ. Dans les 15 prochains jours, avant notre départ, qui sait ?

Nous savons en tous cas ce qu’il ne faut pas faire ! Cela dit, je ne me tenterai pas à nourrir un ours si j’en croisais un !

Vous l’aurez compris, la nature fait partie intégrante de la vie ici. Il est nécessaire de l’aimer pour la comprendre et l’accepter sinon gare à la dépression !

Les filles de Trine adorent l’hiver alors même qu’il dure 8 mois dont 40 jours dans l’obscurité (le soleil ne se lève pas). La neige est partout et seuls les sentiers de motoneiges sont praticables. On peut même trouver des rangées de lampadaires en pleine forêt, qui ne sont autre que des routes privilégiées pour les snowmobiles. La température est de -20

en moyenne, avec des pics atteignant -40 en janvier/février. Mais il paraît que le ressenti n’est pas si terrible qu’on le croit. N’empêche que vu les équipements ici, ça doit bien cailler quand même ! Il existe même des duvets permettant de dormir jusqu’à -38 degrés celsius… certains business locaux proposent l’expérience. Vous partez avec les chiens de traineaux et restez dormir sur un lac gelé, dans votre duvet simplement posé sur une peau de renne. Je me demande bien comment il est possible de protéger son nez !

Ici donc il faut apprendre à s’occuper et se divertir autrement. Vous l’avez vu dans un précédent article, la course en chiens de traineau fait partie des hobbies du coin. Sofie programme son inscription pour 2018 au 300kms. Runa, la cadette, préfère le monde des chevaux et enchaine les compétitions (qu’elle remporte !). Pour se détendre le soir, elles vont pêcher à la rivière. Je ne crois pas que cette idée m’aurait traverser l’esprit quand j’étais ado… Comme si ça ne suffisait pas, elles se baignent chaque soir dans l’eau fraîche (très fraîche !) de cette même rivière. Pour la forme ! J’avoue que j’y ai aussi pris goût mais seulement si le sauna est allumé !

Trine, quant à elle, est une fondue d’ornithologie. Elle est super calée et tient actuellement un stand en Angleterre pour représenter l’asso de Pasvik et les espèces du grand Nord (n’oubliez pas que Melkefoss, le lieu-dit où nous nous trouvons) recense près de 260 espèces d’oiseaux différentes !

Tor, le paternel, est en charge… d’éliminer les nuisibles… dont font partie les écureuils qui sont trop nombreux à

BIRK et mangent toute la nourriture des oiseaux. Une fois de temps en temps, Tor sort la carabine et je fais en sorte d’être absente croyez-moi ! Sinon, lorsqu’il ne travaille pas à la powerstation (centrale hydroélectrique dont l’eau est fournie par la Finlande pour la Norvège et la Russie), il bricole. Voire plus. Récemment, ils nous a demandé de démonter entièrement la véranda et sa structure portante du Bed and Breakfast. 3 jours plus tard, il en avait reconstruit une toute neuve tout seul ! L’avantage c’est qu’il n’y a pas besoin d’autorisation ou de permis de construire pour ce faire ici ! C’est aussi lui qui a construit le restaurant viking dans lequel on reçoit les groupes. A partir des plans dessinés par Trine. Rien de plus normal !

En bref, il vaut mieux être débrouillard et bricoleur dans ces contrées reculées. Et puis ça occupe l’esprit. On en aura appris des choses ici, c’est sûr. On a construit des toilettes sèches pas plus tard que hier après-midi !

Je m’arrête là pour aujourd’hui. Les parents de Simon débarquent demain pour 5 jours d’aventure en Laponie norvégienne ! On vous fera le récit de leurs exploits, c’est promis 😀

Des bisous doux et bon dimanche soir

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. YVES dit :

    merci pour cette revue détaillée de la gastronomie !!!! je pense que je vais m’orienter vers le crabe et le brochet !!! tout le monde n’est pas fait pour s’adapter à ces conditions extrêmes ! bon on se prépare pour le grand saut dans l’inconnu bizzzzzzzzzzz cri cri

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  2. YVES dit :

    Bon !!! Je crois que Manue au dernier moment a un p’tit regret voir arriver les beaux parents…! Je vois bien à la lecture des merveilleux petits plats que tout est fait pour tenter de nous décourager … 🙂
    Mais il nous en faut plus que ça pour abdiquer. Alors attention…Nous arrivons…!
    Bises à la fraise… !! Yves

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